Santé publique

Tribune – Faire de l’antibiorésistance une priorité stratégique de sécurité sanitaire

17 juin 2026

L’Institut Mérieux est co-signataire d’une tribune publiée dans Le Monde, le 16 juin 2026. Alors que le G7 se réunit à Evian (Haute-Savoie) du 15 au 17 juin, une cinquantaine d’experts appellent la France à s’emparer de cette menace pour la médecine moderne.

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L’antibiorésistance représente une menace sanitaire et économique mondiale majeure. En France, elle est responsable d’environ 32 700 décès (dont plus de 7 300 lui sont directement attribuables) et engendre plus de 1,5 milliard d’euros en dépenses de santé supplémentaires chaque année. Mais, au-delà du fardeau économique qu’elle représente, l’antibiorésistance menace les fondements mêmes de notre médecine moderne. Les traitements contre le cancer, les transplantations, la réanimation, la médecine néonatale et même la chirurgie courante dépendent tous de la disponibilité continue d’antibiotiques efficaces.

C’est pourquoi la présidence du G7 constitue une occasion unique pour la France de faire de l’antibiorésistance une priorité stratégique de sécurité sanitaire en affirmant son leadership par une coordination de l’action internationale, comme elle l’a fait lors du Sommet One Health, en avril. La lutte contre l’antibiorésistance doit s’articuler autour de quatre priorités. L’agenda One Health du G7 doit, en premier lieu, reconnaître le poids croissant de la mortalité et le coût économique liés à l’antibiorésistance, la menace que celle-ci fait peser sur la médecine moderne et le besoin urgent de préserver l’accès à des antimicrobiens et des tests diagnostiques efficaces pour les praticiens et les patients.

La deuxième priorité est de construire un modèle français durable d’accès et d’innovation. Sans innovation, la lutte contre l’antibiorésistance est perdue d’avance. Or, dans un marché où les retours sur investissement sont absents, la recherche et développement (R&D) ne parvient plus à suivre le rythme de progression des résistances, ni à couvrir les besoins cliniques non satisfaits. En conséquence, le portefeuille de nouveaux antimicrobiens est devenu famélique et les tests diagnostiques ne sont ni valorisés ni utilisés comme ils le devraient.

Au cours de leur année de présidence, la plupart des pays du G7 ont introduit – ou se sont engagés à le faire – de nouveaux mécanismes d’incitation pour encourager la R&D et l’accès des patients aux antimicrobiens, et ainsi éviter un scénario sanitaire alarmant. C’est notamment le cas du Royaume-Uni, de l’Italie, du Japon, de l’Allemagne et du Canada. L’Union européenne a également adopté, ces derniers mois, des mesures dans le cadre de la révision de la législation pharmaceutique européenne visant à renforcer l’attractivité du marché.

Filet de sécurité essentiel

Si la France est reconnue comme l’un des leaders de l’usage responsable des antibiotiques à l’hôpital, portée par un réseau particulièrement structuré de centres de référence et d’expertise, elle demeure en retrait lorsqu’il s’agit de mesures spécifiques pour soutenir le développement des nouveaux antibiotiques et d’en faciliter l’accès pour les patients. Or, le G7 constitue le forum idéal pour identifier le mécanisme d’incitation le mieux adapté au contexte français et pour s’engager à le mettre rapidement en œuvre.
Ainsi, l’annonce, en avril, d’un « statut spécial pour les antibiotiques » pourrait servir de base à un tel modèle. Il s’agit de garantir l’accès des patients aux antimicrobiens et aux diagnostics innovants, de récompenser les innovations à forte valeur ajoutée répondant à des besoins médicaux non couverts, de compléter les politiques d’utilisation responsable, et de renforcer la préparation sanitaire nationale et européenne. Une telle initiative démontrerait l’engagement de la France à mettre efficacement en œuvre la nouvelle législation pharmaceutique européenne et positionnerait le pays comme un leader en Europe.

D’autres mesures pourraient inclure le financement de dispositifs de soutien direct à la R&D ayant démontré leur efficacité à l’étranger, ainsi que la création d’un fonds public d’investissement destiné à s’associer aux rares investisseurs privés encore présents dans ce secteur.
La troisième priorité est de protéger l’avenir de la médecine moderne. Les infections représentent la deuxième cause de mortalité chez les patients atteints de cancer, et les antibiotiques efficaces sont reconnus comme un filet de sécurité essentiel pour ces patients présentant un risque d’infection résistante quatre à six fois plus élevé.

Enfin, il s’agit de contribuer à façonner la lutte contre l’antibiorésistance de demain. En s’appuyant sur le pacte international pour préserver l’efficacité des antibiotiques, annoncé en avril, la France pourrait mettre à profit son expertise en matière de surveillance pour renforcer la coordination mondiale de la détection précoce des résistances. Et, pourquoi pas, nommer un ambassadeur chargé de représenter les positions françaises sur ce sujet. En amont de la réunion des Nations unies sur l’antibiorésistance prévue en 2029, la France fait face à une opportunité historique de prendre le leadership sur un sujet majeur pour la santé mondiale.

Signataires

Pr. Philippe Amouyel, CHU Lille, Institut Pasteur Lille – Santé publique et épidémiologie
Pr. Alexandra Aubry, AP-HP, Sorbonne Université, Inserm – Biologie Médicale
Pr. Frédéric Batteux, Institut Pasteur Lille, Directeur Général
Dr. Alexandre Bleibtreu, SPILF, Phagocenter APHP – Infectiologie
Jean Carlet, World Alliance Against Antibiotic Resistance (WAAAR), Ancien Président
Pr. Bernard Castan, Société de Pathologie Infectieuse de Langue Française (SPILF), CHU Périgueux – Infectiologie
Pr. Pascal Chavanet – Infectiologie
Dr. Benjamin Coiffard, AP-HM – Pneumologie
Delphine Croisier, Vivexia, PDG
Dr. Laurent Debarbieux – Bactériologie et Bactériophage
Stanislas Desjonqueres, Nexbiome Therapeutics, PDG
Pr. Aurélien Dinh, APHP, SPILF – Infectiologie
Pr. Laurent Dortet, Hôpital Bicêtre, Centre National de Référence des antimicrobiens – Microbiologie
Pr. Pierre Dubois, Toulouse School of Economics – Economie
Thibaut du Fayet, Phagenix, PDG
Dr. Nicolas Dufour, Hôpital NOVO Pontoise – Réanimation / Microbiologie
Xavier Duportet, Eligo Bioscience, PDG
Pr. Tristan Ferry, SPILF, HCL, UCBL1, PHAGEinLYON Clinic, CNRS – Infectiologie
Maxime Fontanié, Vibiosphen, PDG
Pr. Bruno François, CHU Limoges – Réanimation
Estelle Fruchet, Shionogi France, Directrice Générale
Marc Gitzinger, Bioversys France, PDG
Reda Guiha, Pfizer France, Président
Jamila Hedjal, France Sepsis Association, Présidente
Benoît Hennion, Tamrisa, Co-PDG
Anne Khoschnud, Molsid, Présidente
François Lacoste, Institut Mérieux, Directeur affaires médicales et scientifiques
Frédéric Lavie, Les Entreprises du Médicament (LEEM), Directeur Scientifique et Santé Publique
Pr. Jean-Philippe Lavigne, CHU Nîmes – Bactériologie
Marc Lemonnier, Antabio, PDG
Pr. Philippe Montravers – Réanimation
Frédéric Peyrane, BEAM Alliance, Secrétaire Général
Pr. Marie-Cécile Ploy – Microbiologie
Wandrille Ract-Madoux, Tamrisa, Co-PDG
Amokrane Reghal, Nanoreviv, PDG
Pierre Rocheteau, Olgram, PDG
Pr. Etienne Ruppé – Bactériologie
Eric Samarut, Osta Therapeutics, PDG
Pr. Eric Sennevile, Hôpital Gustave Dron – Infectiologie
Pr. Jean-Paul Stahl, Union Européenne des Médecins Spécialistes (UEMS) – Président de la section infectiologie
Milovan Stankov-Pugès, NG Biotech, PDG
Florence Séjourné, Aurobac Therapeutics, PDG
Pr. Pierre Tattevin – Infectiologie
André Tordeux, Genoscreen, PDG
Frédérique Vieville, Common Swift, PDG
James Anderson, International Federation of Pharmaceutical Manufacturers and Associations (IFPMA), Directeur Général R&D & Innovation et AMR Industry Alliance, Président du Conseil d’Administration
Peter Beyer, Global Antibiotic Research & Development Partnership (GARDP), Directeur Général Adjoint
Antonella Cardone, Cancer Patients Europe, CEO
Dr. Abdul Ghafur, Alliance for the Prudent Use of Antibiotics (APUA), Co-Chair
Pr. Souha S. Kanj, International Society of Antimicrobial Chemotherapy (ISAC), Président
David McKinney, Alliance for Reducing Microbial Resistance (ARMoR), Directeur
Dr. Alexander Natz, European Confederation of Pharmaceutical Entrepreneurs (EUCOPE), Secrétaire Général
Pr. Kevin Outterson, CARB-X, Directeur Général
Kristine Peers, European Federation of Pharmaceutical Industries and Associations (EFPIA), Directrice Exécutive – Affaires Légales
David J. Payne, GSK, Vice-Président et Directeur de la Recherche – Maladies Infectieuses
Najy Alsayed, Menarini Group, Responsable Monde du domaine thérapeutique – Maladies infectieuses
Paul Schaper, MSD, Vice-président adjoint, Politique publique internationale
Michael Lobritz, Roche, Directeur Monde – Maladies infectieuses